Le plaisir de la sculpture

Prolégomènes à l’analyse de l’oeuvre tridimensionnelle de Riopelle

La bouilloire et la Biennale
"Je m’y mets quand ça bout !", aimait à répéter Jean Paul Riopelle pour expliquer son rythme de travail et son mode de fonctionnement, atypiques tous les deux, qui le faisaient souvent sauter d’une discipline, d’une matière ou d’une manière à l’autre, les faisant jouer l’une sur l’autre, avec parfois des plages plus ou moins longues de silence ou, mieux, de réflexion silencieuse. En toute liberté et en toute insouciance du taux de rentabilité de ses gestes. Pour le plaisir, simplement.

C’est ainsi qu’au début des années soixante, contre toute attente, on voit surgir une trentaine de sculptures. Par ailleurs, Riopelle disait souvent que la sculpture était une discipline à laquelle il s’adonnait "depuis toujours", et effectivement, dans le tome 1 (1939-1953) du Catalogue raisonné, Yseult Riopelle a répertorié trois petites figures de terre crue, datées de 1947-1948, et joliment photographiées dans la neige par l’artiste lui-même.

En général, le discours critique se montre assez avare de commentaires sur ce corpus de l’oeuvre auquel l’artiste semble tenir beaucoup. À un ami historien de l’art qui lui demande à brûle-pourpoint : "Tu aurais été un "mauvais" sculpteur ?", Riopelle répond plutôt sèchement : "Je ne crois pas. J’accorde une énorme importance à mes sculptures. D’une certaine manière, plus qu’à ma peinture."

GILLES DAIGNEAULT